Le 25 décembre dernier 56 personnalités du monde de la culture signaient une tribune en faveur de l’acteur Gérard Depardieu mis en examen pour viols et agressions sexuelles. Depuis, des contre-tribunes et d’innombrables soutiens aux victimes présumées ont permis de rééquilibrer la balance, poussant une partie des signataires à finalement s’en désolidariser.

Mais ne nous y trompons pas : cette tribune initiale, aussi choquante soit-elle, n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle est le symptôme d’un système sociétal bien plus enfoui. À nous d’agir pour construire enfin des rapports sains et respectueux sur et en dehors de nos plateaux. Nous, AAFA – Actrices & Acteurs de France Associés, réaffirmons notre soutien indéfectible et notre écoute bienveillante de la parole des victimes : nous vous croyons.

Aucun art ne saurait justifier l’inacceptable, jamais.

En 2019, la commission AAFA-Soutiens a créé un code de conduite pour lutter contre les violences, harcèlements sexistes et sexuels (VHSS). Il décrit de façon non exhaustive, des agissements inappropriés car relevant d’intimidations, de comportements sexistes, de harcèlement ou d’agressions sexuelles. Ce code est plus que jamais d’actualité. Nous proposons, depuis sa création, qu’il soit accolé à chaque contrat dans toute notre profession et pour tous les postes. L’AAFA soutient également avec énergie la mise en place des référents VHSS sur les plateaux de tournages et de théâtre ainsi que les formations obligatoires sur les VHSS mises en place par l’Afdas. Nous nous sommes exprimé·e·s en ce sens lors de la cérémonie des Molières de 2022 en ce qui concerne le spectacle vivant et ce code est transmis lors des interventions de la commission AAFA-Émergence dans les écoles de théâtre.

Tout cela n’est qu’un début.

Trop de comportements toxiques et répréhensibles existent encore dans notre métier. Pire : face à ces comportements et à la parole des victimes quand elles osent parler, ne résonne bien souvent que le silence, notre silence. Parfois jusqu’à l’omerta.

Si nous avons édité ce code, c’est avant tout pour protéger et aider les victimes présumées qui ont le courage de parler. Mais aussi pour souligner à quel point le rôle des témoins est essentiel. Permettre aux victimes de s’exprimer est une responsabilité collective. Tout comme il est de notre ressort à toutes et tous d’agir lorsque l’on assiste à un comportement déplacé. Il n’est plus acceptable d’entendre ces “tout le monde savait” qui ne résonnent que trop fort depuis le 25 décembre, tout comme ils avaient résonné au moment où éclatait l’affaire Weinstein outre-Atlantique en 2017. Ce terrible refrain doit s’éteindre.

Contrairement à ce qu’affirme la tribune de soutien à Gérard Depardieu, nous toutes et tous, actrices et acteurs, quelle que soit notre notoriété, notre position dans le métier, avons les mêmes responsabilités que tout le monde. La grandeur des œuvres auxquelles nous participons ne nous appartient pas et ne saurait en aucun cas être un passe-droit pour des paroles ou des actes réprimés par la loi. Le “talent” n’est pas un sésame qui exonère de quoi que ce soit. L’art n’est pas dérogatoire aux dispositions du code pénal.

Si la France est reconnue dans le monde pour la qualité de ses œuvres, nous, AAFA – Actrices & Acteurs de France Associés, souhaitons qu’elle le devienne également par l’exemplarité de sa lutte contre les violences et harcèlements sexistes et sexuels. Nous appelons de toutes nos forces chacune et chacun à travailler pour créer ensemble un environnement de travail qui encourage des relations professionnelles respectueuses, dignes et non sexualisées, où les abus de pouvoir, les comportements toxiques et réprimés par la loi seront enfin considérés comme tels et rejetés sans ambiguïté avec force et soutien.

Les histoires que nous y raconterons n’en seront que plus belles et fortes.

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